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Mon accent, c'est moi !
[1] Quand Lina est arrivée de Marseille dans un lycée de Lille, à quinze ans, elle ne s'attendait pas à ce que sa façon de parler devienne un sujet de conversation. Dès le premier jour, raconte-t-elle, un camarade lui a fait répéter le mot « pain », et toute la classe a éclaté de rire. Pendant des mois, elle a essayé de « corriger » son accent du Sud en imitant les présentateurs de la télévision. Résultat : elle osait de moins en moins prendre la parole en cours.
[2] L'histoire de Lina n'a rien d'exceptionnel. Selon une enquête menée l'an dernier par l'association étudiante Parlons Vrai auprès de 1 200 jeunes francophones, près d'un jeune sur trois dit avoir déjà été moqué pour son accent, à l'école ou dans un job d'été. Les jeunes venus des Antilles, d'Afrique ou du Québec sont particulièrement concernés.
[3] Pour la linguiste Hélène Morand, ces moqueries reposent sur une idée fausse. « Tout le monde a un accent, y compris les Parisiens ! Il n'existe pas de français neutre. Pourtant, beaucoup de gens associent certains accents au sérieux, et d'autres à la paresse ou au manque d'éducation. Ces préjugés peuvent avoir des conséquences réelles, par exemple lors d'un entretien d'embauche. »
[4] Thomas, 19 ans, a grandi à Chicoutimi, au Québec, et fait aujourd'hui ses études à Bruxelles. Lui, il a choisi de ne rien changer. « Au début, on me demandait sans arrêt de dire des mots québécois, comme si j'étais une attraction. Ça m'agaçait. Puis j'ai compris que c'était surtout de la curiosité. Maintenant, j'en profite pour parler de ma région. Mon accent fait partie de mon histoire ; je n'ai pas à m'en excuser. »
[5] Quant à Lina, elle a retrouvé confiance grâce au club de théâtre de son lycée. Sa professeure lui a confié le rôle principal dans une pièce de Marcel Pagnol, auteur provençal. « Pour une fois, mon accent était un atout, pas un défaut ! Ce soir-là, les applaudissements m'ont fait comprendre que je n'avais pas à cacher d'où je viens. »
[6] Aujourd'hui, Lina et d'autres élèves animent sur les réseaux sociaux une page intitulée « Tous les accents sont français ». Chaque semaine, un jeune y lit le même court poème avec sa propre voix, de Dakar à Genève en passant par Fort-de-France. Leur objectif : montrer que la diversité des accents est une richesse de la langue, et non une erreur à corriger.